Clara Gaymard : “Je ne me suis pas posé de questions”

Petit déjeuner StartHer : Clara Gaymard

C’est officiel, on ne peut plus faire semblant : l’été est bel est bien terminé. La bonne nouvelle, c’est que StartHer a aussi fait sa rentrée ! Clara Gaymard nous a fait l’honneur de nous accueillir chez RAISE pour ce premier événement de l’année, et vous avez été nombreuses et nombreux à y assister. Une rencontre authentique, durant laquelle Clara nous a parlé de bienveillance économique, de générations, de patience ou encore de culpabilité (à ne pas avoir). Merci à elle pour la justesse de ses conseils, et merci à vous tous pour votre présence !

Il est 8 heures passées et c’est Gonzague de Blignières qui tient à être le premier à partager son enthousiasme de voir de plus en plus de femmes entrepreneuses et d’initiatives engagées pour les soutenir. Gonzague de Blignières et Clara Gaymard ont créé RAISE en 2013, avec la conviction qu’une économie est plus performante si elle est bienveillante. Les trois activités d’investissement de RAISE spécialisées dans les ETI, l’immobilier et le Venture soutiennent ainsi le fonds de dotation philanthropique RAISESHERPAS, dédié aux start-ups françaises, en reversant à celui-ci 50% des bénéfices sur les plus-values réalisées.

L’entreprise aussi peut oeuvrer pour le bien commun

StartHer : Pourquoi avoir créé RAISE et qu’est-ce qui fait votre différence ?

Clara Gaymard : En France, la solidarité a longtemps été laissée à la seule charge de l’État. Chez RAISE, nous sommes au contraire convaincus que l’entreprise peut pleinement oeuvrer et contribuer au bien commun en partageant les fruits de sa réussite. Nous pensons que mettre la générosité au cœur du modèle économique d’une entreprise est un moteur de croissance. Chez RAISE, grâce à la générosité des équipes, nous sommes en mesure d’aider les jeunes entreprises à une période critique de leur développement..

Gonzague de Blignières

Il y a deux ans, j’ai écrit un livre avec ma fille, Faut qu’on parle !, pour mettre en parallèle et confronter nos deux visions du monde. La mienne, celle d’une enfant de la génération mai 68, et celle de ma fille, de la génération Y. J’ai réalisé que nos enfants comprenaient beaucoup mieux le monde d’aujourd’hui que nous alors que c’est encore ma génération qui est aux commandes. Nous avons pourtant besoin de les écouter et de les mettre au cœur de nos entreprises.

C’est la même logique pour RAISE : si nous n’avions pas décidé de donner, dès le début, 50% de nos bénéfices à notre fonds de dotation interne RAISESHERPAS, nous n’aurions pas été au contact de la génération des millenials, à la tête de la grande majorité des start-ups. En quatre ans, nous sommes devenus l’un des principaux acteurs de la relation start-up / grand groupe.

Je ne me suis pas posé de questions

StartHer : Vous parlez de votre fille. Votre famille est importante pour vous : comment avez-vous géré vos vies pro et perso ?

Clara Gaymard : Lorsqu’un journaliste me pose la question, je lui dis que j’y répondrai lorsqu’il osera la poser à un homme. Mais à vous, je vais vous répondre plus franchement. En réalité, je ne me suis pas posé de questions. Une fois sortie de Sciences Po et de l’ENA, j’ai ressenti le besoin de devoir rendre à la société ce qu’elle m’avait donné. Il n’y avait pas de raison de ne pas le faire sous prétexte que j’avais des enfants.

Quand on se concentre sur ce qui nous motive, ce qui nous fait avancer, on oublie ce qui est difficile au quotidien. Évidemment, il y avait des matins où je me disais “je n’y arriverai jamais”… mais en arrivant au travail, je retrouvais des gens stimulants, qui me donnaient de l’énergie. Je me sentais utile et en rentrant chez moi le soir, j’étais heureuse. En fait, il ne faut pas regarder trop loin, juste l’heure qui suit : quand une épreuve paraît insurmontable, il faut y aller étape par étape.

 

Clara Gaymard de RAISE pour StartHer

Je vais vous raconter une anecdote : quand j’étais une petite fille, il y avait un magasin de bonbons dans le village et je devais traverser un champ d’orties à vélo pour m’y rendre. À chaque fois que j’y allais, j’étais terrorisée, je tombais dedans et je rentrais en pleurs à la maison. Un jour, mon père m’a dit de faire comme si le champ d’orties n’existait pas : j’ai pensé très fort au magasin de bonbons plutôt qu’aux orties et j’y suis arrivée ! Quand on regarde l’obstacle, on se concentre dessus et on finit par s’y confronter. Quand on regarde l’objectif, on slalome entre les obstacles.

J’ai banni les mots “culpabilité” et “victime”

StartHer : Justement, est-ce que vous auriez des conseils à donner aux femmes présentes ce matin ?

Clara Gaymard : Je vous conseillerais trois choses, qui m’ont beaucoup aidée. La première, c’est de ne pas se poser la question d’avoir à choisir, mais plutôt de prendre les choses telles qu’elles sont. La deuxième, c’est que j’ai banni le mot “culpabilité” : la culpabilité ne fait pas avancer, elle signifie au contraire que l’on n’assume pas ses actes. Il arrive de faire des erreurs, mais on doit les accepter. Les femmes sont souvent rongées par un sentiment de culpabilité, or il faut vous aimer inconditionnellement, même avec vos faiblesses. Demandez de l’aide si vous en avez besoin et refusez certaines choses, gentiment mais sans culpabilité.

J’ai également banni le mot “victime” de mon vocabulaire. Je pourrais faire des conférences entières sur ce que j’ai subi en tant que femme, dans le monde de l’entreprise ou dans la vie mais je ne veux pas donner à ces personnes le plaisir supplémentaire de faire de moi une victime.

Vous êtes un chantier permanent, il faut l’accepter

Troisième chose, pour finir : cela peut sembler simpliste dit ainsi mais il vous faut différencier les choses importantes des choses urgentes. Réglez d’abord les choses ennuyeuses, urgentes mais pas nécessairement importantes : faites-le, débarrassez-vous en le matin pour ne pas avoir une petite musique désagréable toute la journée dans la tête.

Clara Gaymard au Petit déjeuner StartHer

À l’inverse, les choses importantes ne sont pas toujours urgentes, surtout quand vous êtes entrepreneurs. Vous n’allez pas résoudre tout, tout de suite : il faut accepter que ce sera résolu plus tard, que cette chose importante va sans doute se décanter toute seule. Il faut accepter que ce soit un chantier. Vous êtes un chantier permanent. Mes enfants m’ont appris une chose fondamentale : l’attente est très importante. Le déclic va survenir, mais vous ne savez pas quand. Acceptez que vous n’êtes peut-être pas encore en train de réaliser votre rêve, là-maintenant-tout-de-suite.

Pendant longtemps, je ne savais pas ce que je ferai quand je serai grande. Dans une société où l’on vous demande sans cesse de savoir ce que vous voulez être, à 20 ans, on ne sait pas quel est son rêve, c’est absurde ! Le déclic, l’élan, la réussite viennent non pas quand vous en avez envie, même si vous le voulez de toutes vos forces, mais quand vous êtes prêtes.

 

Un grand merci aux organisatrices de l’événement chez StartHer, Louisa Mesnard, Marine Wetzel et Marine Dupriez, ainsi qu’à notre délicieux partenaire Le Nôtre, qui nous a régalés de bon matin ! 

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