Sophie Dingreville, Partner à Iris Capital : “Il n’y a rien à perdre à tenter, il faut s’autoriser !”

Sophie-Dingreville_1

Nous avons interviewé un panel d’actrices et acteurs de la tech pour recueillir leurs impressions sur le recrutement féminin dans le secteur. Aujourd’hui, c’est Sophie Dingreville, partner chez Iris Capital, qui nous livre son analyse.

Le fait que les gens partent, hommes ou femmes, c’est normal ; ce qui est moins normal, c’est de ne pas parvenir à les remplacer par d’autres femmes.

« Il n’y a que 6% de femmes partners dans les fonds VC au niveau mondial. C’est également le cas en Allemagne, au Royaume-Uni ou encore aux Etats-Unis, où il y a très peu de femmes. En Asie, ils sont mieux parvenus à s’affranchir de ces a priori, ou alors à ne jamais s’en encombrer… En tout cas, ce chiffre s’applique bien à la France, puisque nous sommes trois femmes partners dans le secteur : Marie Ekeland auparavant chez Elaïa et dont Samantha Jerusalmy a pris la suite lorsqu’elle est partie monter le fonds Daphni, Claire Houry chez Ventech et moi à Iris Capital. Nous y sommes vingt investisseurs et je suis d’ailleurs la seule femme. J’ai un parcours très technique : de formation telecom, j’ai eu une expérience de chercheur puis d’ingénieur avant de rejoindre Iris Capital. Nous étions trois femmes lorsque je suis arrivée. Le fait que les gens partent, hommes ou femmes, c’est normal ; ce qui est moins normal, c’est de ne pas parvenir à les remplacer par d’autres femmes.

En trente années d’existence, nous n’avons financé que trois start-ups fondées par des femmes.

Il y a selon moi deux explications à cela : d’une part nous recevons très peu de candidatures féminines, à tous les niveaux, même en stage. C’est un fait : le secteur du capital risque attire peu les profils féminins. Peut-être qu’il y a une forme d’autocensure des femmes pour un métier qui peut paraître rude, car technique, financier et exigeant en termes d’expertise ? D’autre part, je pense que beaucoup de fonds ne font même pas l’effort de rechercher de la mixité dans leurs équipes seniors, car ils se sentent bien entre semblables. Je fais moi-même face régulièrement à des propos misogynes et ce n’est à mon avis pas une question de génération mais d’éducation et d’expérience. Côté entrepreneures, c’est la même chose. En trente années d’existence, nous n’avons financé que trois start-ups fondées par des femmes : une en France et deux en Allemagne, dont deux sur trois ces lors de ces quatre dernières années.

Dans les écoles et les universités aussi, où nous devons faire de la pédagogie sur ces métiers, ne pas laisser place aux a priori qui les font paraître compliqués.

Il y a tout un ensemble d’actions à mettre en œuvre pour rendre la mixité possible. C’est un travail à réaliser à la base, avec nos compagnons qui contribuent à l’éducation et aux soins de nos enfants afin de laisser plus de temps aux femmes pour qu’elles se consacrent à leur carrière, qu’elles puissent faire des métiers stimulants. Dans les écoles et les universités aussi, où nous devons faire de la pédagogie sur ces métiers, ne pas laisser place aux a priori qui les font paraître compliqués. Il y a aujourd’hui plus de femmes dans les écoles d’ingénieurs et c’est un bon signe, à mon époque, il y avait des quotas pour limiter le nombre de femmes à 20%.

Il y a également une nette progression du nombre de sociétés fondées par les femmes mais, en parallèle, on constate une régression dans les équipes techniques. Pour contrer cet effet, je fonde de grands espoirs sur la méthode Agile Scrum, qui favorise les profils complémentaires, la diversité dans les équipes plutôt que les relations hiérarchiques. Dans de plus petites équipes, une femme est également moins en minorité que parmi une vingtaine d’hommes.

Pour être traitée de la même manière, il faut jouer selon les mêmes règles.

Le conseil que je donnerais aux femmes, c’est de faire preuve de curiosité, de se renseigner sur ces métiers, de ne pas hésiter à postuler ou à monter des boîtes tech. Il n’y a rien à perdre à tenter, il faut « s’autoriser » ! Nous avons également besoin d’être complémentaires entre nous, dans nos compétences ou nos réseaux. Si nos profils se ressemblent trop, nous nous mettrons des bâtons dans les roues et on aura alors tout perdu. D’où l’importance encore une fois de développer des compétences rares, techniques.

Une dernière chose : je n’ai jamais mis en avant mes contraintes personnelles (dit-elle bloquée en voyage d’affaires à l’aéroport de Berlin à cause d’un retard de son vol le soir, ndlr). J’ai toujours accepté d’être flexible. Pour être traitée de la même manière, il faut jouer selon les mêmes règles. »

De nouveaux témoignages seront publiés sur ce blog dans les semaines à venir. Au programme : Delphine Rémy-Boutang, Co-fondatrice de la Journée de la Femme Digitale, Kathryn Gree, CTO chez SmartAngels, ou encore Béatrice Duboisset, fondatrice de TEDXCEWomen. Abonnez-vous à notre newsletter pour n’en rater aucune !

Written By
More from arey

Interview de Kathryn Green, CTO de SmartAngels

  Nous avons interviewé un panel d’actrices et acteurs de la tech...
Read More

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *