“Dans 10 ans, la Blockchain sera largement utilisée et personne ne saura ce que c’est.” Claire Balva

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Dans la soirée du 18 mai prochain, Girls in Tech organise un événement dédié à la Blockchain. Voici une interview exclusive de la première des quatre intervenantes que nous aurons le plaisir d’accueillir à l’occasion de cette table ronde, pour laquelle vous pouvez déjà réserver votre place !

Bonjour Claire, avant tout, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis diplômée de ESCP Europe et passionnée de tech et d’entrepreneuriat. J’ai une expérience en marketing dans un grand groupe et trois autres dans des start-ups. En septembre 2015, j’ai créé Blockchain France avec mes trois associés.

Comment en êtes-vous venue à cofonder Blockchain France, vous êtes-vous inspiré d’exemples étrangers ?

L’idée de créer Blockchain France repose sur un double constat : la Blockchain est une technologie qui a un potentiel incroyable mais, alors que beaucoup de monde en parlait dans les pays anglophones, le sujet était malheureusement peu évoqué en France. Lorsque l’on tapait « Blockchain » dans les moteurs de recherche, il n’en sortait que des résultats en anglais…

Le rôle de Blockchain France, c’est de proposer des services, des formations, des ressources pédagogiques et du conseil aux entreprises afin de faire connaître la technologie Blockchain et d’en développer l’usage. Pour cela, nous avons également un rôle de media.

Nous travaillons aujourd’hui à la fois avec des grands groupes, tels qu’Engie ou encore Total, et avec des cabinets de conseil, qui souhaitent soit former leurs équipes en interne, soit que nous les accompagnions sur des missions chez leurs clients. Nous avons récemment remporté un appel d’offres pour la Banque de France.

Comment expliqueriez-vous ce qu’est la technologie Blockchain à une personne qui découvre le « phénomène » ? S’agit-il d’une évolution ou d’une révolution numérique ?

La Blockchain, pour la définir simplement, est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui est à la fois transparente, sécurisée et qui fonctionne sans organe central de contrôle. Plus concrètement, une Blockchain, c’est une base de données, un registre, qui va contenir tout l’historique des échanges, des transactions entre les utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité du registre, de la “chaîne de blocs”.

Ce caractère décentralisé de la Blockchain, couplé à sa sécurité et à sa transparence, peut avoir des applications très diverses. Le bitcoin en est un exemple, mais la Blockchain pourrait remplacer de nombreux types d’intermédiaires par des systèmes informatiques distribués.

Comment est née la technologie Blockchain et à quelle innovation passée pourrait-on la comparer ?

La Blockchain a été créée avec la crypto-monnaie bitcoin, dont le créateur est anonyme. C’est une technologie qui a déjà huit ans.

La Blockchain du bitcoin est spécifique au bitcoin mais il y a d’autres Blockchains : Ethereum par exemple, qui est gérée par une fondation. Des Blockchains privées pourraient aussi être créées par les banques qui seraient les seules à avoir accès aux transactions.

La comparaison est souvent faite entre la Blockchain et Internet. Plus spécifiquement, entre la Blockchain et la suite de protocoles TCP/IP qui a permis de créer Internet. Aujourd’hui, plus personne n’en parle, presque personne ne sait ce que sont ces protocoles et il est probable que ce soit la même chose dans 10 ans pour la Blockchain : elle sera largement utilisée et personne ne saura ce que c’est.

Quels sont à ce jour les principaux secteurs concernés par la Blockchain et quels sont les secteurs qui seront les plus impactés ?

Le premier, le plus évident aujourd’hui, c’est le secteur bancaire et financier, qui s’en est d’ailleurs déjà emparé. On le voit avec des initiatives comme le consortium R3 CEV, qui rassemble des institutions financières autour d’une start-up spécialisée dans la technologie, ou avec des positionnements comme celui de BNP Paribas Securities Services, qui a récemment annoncé un partenariat en France avec la start-up d’equity crowdfunding SmartAngels.

Le deuxième secteur à être impacté est celui de l’assurance. Il n’est pas aussi avancé sur le sujet mais il s’y atèle rapidement ! La Blockchain pourrait notamment permettre d’automatiser les processus déclaratifs, un accident par exemple. Sa deuxième application consisterait en la création d’un système d’assurances peer-to-peer, plus utopique mais qui pourrait exister.

Si je devais faire un peu de prospective sur un autre domaine qui pourrait être impacté, je dirais celui de la supply chain, car la Blockchain est un outil formidable pour tout ce qui a trait à la traçabilité des objets. On pourrait même envisager de coupler la technologie Blockchain avec celle des objets connectés, par exemple la poignée de porte connectée Slock.it pour un usage par les utilisateurs Airbnb.

Toutes les entreprises seront-elles concernées ou bien uniquement les plus grosses, les plus internationales, les plus digitales, les sociétés privées vs. le secteur public, les sociétés vs. les particuliers, etc. ?

Je ne pense pas que cela dépende de la taille des entreprises mais plutôt du secteur d’activité. Je pense toutefois que la Blockchain concernera autant les grandes entreprises que les start-ups, d’autant que l’innovation arrive surtout des start-ups.

A mon avis, le secteur public sera également concerné mais sur le plus long-terme, il va mettre plus longtemps à intégrer cette technologie à ses process.

Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’avant de bouleverser le quotidien des individus, la Blockchain va modifier les process des entreprises. Son impact sur la vie de tous les jours se fera dans un second temps, et surtout de sorte que les utilisateurs finaux ne verront pas la Blockchain !

En janvier dernier, Blockchain France a organisé le premier gros événement sur la Blockchain en France, en partenariat avec Deloitte, Cap Digital et Maddyness : comment s’est-il passé, que retenez-vous de cet événement ?

Avec 500 participants et 1 000 personnes sur liste d’attente, cet événement nous a clairement montré qu’il y a un fort intérêt pour la Blockchain.

Ce que j’en retiens surtout, c’est que cet événement a permis de réaliser que l’importance de la Blockchain va bien au-delà de ses aspects techniques. Nous avons ainsi pu croiser des points de vue d’horizons très différents, des réflexions sociologiques, économiques, business, etc. Dans la continuité de l’événement, une réflexion a été lancée sur la manière dont la France doit s’emparer de cette technologie.

Ce rassemblement a permis de tisser des liens entre les différentes communautés : il y a une communauté présente depuis plusieurs années, très attachée au bitcoin et qui a des compétences techniques sur le sujet, à laquelle vient s’ajouter de plus en plus de diversité, entre les grandes entreprises, qu’il s’agisse de profils ingénieurs ou plutôt business, des profils juridiques dans une moindre mesure, et également des profils plutôt orientés recherche, sociologie, qui vont tenter de comprendre les impacts de la Blockchain sur la société.

Quels sont les grands enjeux auxquels la Blockchain et ses promoteurs devront faire face dans les prochains mois et années ?

La Blockchain n’est pas encore ce que l’on pourrait appeler une technologie mature. Je vois trois enjeux principaux dans son développement :

  • la scalabilité : la Blockchain Bitcoin est aujourd’hui limitée à 7 transactions par seconde (à titre d’exemple, Visa en permet plusieurs milliers par seconde) et l’évolution dépendra de ce que les développeurs vont décider. Dans le cas de bitcoin, il faut en effet que 50% des personnes se mettent d’accord. Le mécanisme de minage (le « proof of work ») est par ailleurs extrêmement énergivore, ce qui est un sujet.
  • la valeur ajoutée pour l’utilisateur : ce que veulent les utilisateurs finaux, qu’ils soient des particuliers ou des entreprises, c’est plus de fluidité et de rapidité. Il faut donc construire sur la Blockchain une expérience utilisateur très intuitive dans laquelle on ne voit pas du tout la complexité inhérente à cette technologie.
  • la question de la régulation : notamment sur les cryptomonnaies (par exemple, dans certains pays, le bictoin est interdit, dans d’autres il est considéré comme une monnaie, ou bien comme un actif). Il n’y a pas de régulation commune. La question de la responsabilité, savoir qui contrôle la Blockchain, est également très importante.

Il faudrait qu’il y ait une véritable coopération entre les législateurs et les personnes qui travaillent vraiment sur la Blockchain. C’est un sujet complexe et les pouvoirs publics s’y intéressent : il y a eu un colloque sur la Blockchain récemment à l’Assemblée Nationale, mais on ne peut pas s’attendre à ce que le législateur comprenne tout d’un coup. Il faut que les experts terrains lui apportent une aide.

Sur quels projets travaillez-vous à Blockchain France aujourd’hui pour promouvoir l’émergence de la Blockchain en France ?

Hormis notre activité classique de formation et de conseil ainsi que la tenue de notre site web, nous avons trois projets en cours :

  • l’écriture d’un livre sur la Blockchain où nous interviewons de nombreux acteurs qui partagent leurs visions différentes (sortie prévue au début de l’été).
  • Un événement orienté écosystème prévu à l’école 42 du 6 au 12 juin, le Blockfest : nous souhaitons qu’il en ressorte des choses concrètes, des prototypes, etc.
  • un projet de MOOC tourné au mois de juillet et qui sortira à l’automne, à destination des entreprises ou des curieux.

 

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