Interview de Charlotte Cadé, fondatrice de Brocante Lab

Alors que le Printemps est synonyme du retour des brocantes, braderies et autres vide-greniers, la start-up Brocante Lab a remporté il y a une semaine le Prix La Tribune Jeune Entrepreneur 2015 et vient d’annoncer une levée de fonds auprès d’une quinzaine de Business Angels entrepreneurs. Avant les jurés et investisseurs, ce sont les brocanteurs et les chineurs que Charlotte Cadé, sa fondatrice, s’attache depuis septembre 2014 à convaincre de rejoindre l’aventure de la première brocante en ligne.

Pour commencer, peux-tu nous raconter la genèse de Brocante Lab, d’où t’es venue l’idée ?

Capture d’écran 2015-04-20 à 19.34.24Je suis passionnée de décoration, des brocantes, et j’ai passé beaucoup de temps à chiner, notamment sur le web. En échangeant autour de moi, j’ai réalisé que peu de personnes avaient envie de passer des heures sur LeBonCoin, tout en cherchant des alternatives aux grands industriels de la décoration, Ikea pour ne pas le citer. De leur côté, les brocanteurs ont besoin d’un accompagnement pour dynamiser leur métier et être plus visibles sur Internet. C’est de ces deux constats qu’est née Brocante Lab, la première marketplace spécialisée dans le mobilier et les objets déco rétro de qualité.

Qu’est-ce qui t’a poussée un jour à franchir le pas, à fonder ta start-up ?

C’est d’abord ma passion pour le projet qui m’a poussée à me lancer, à 25 ans. Avant cela, j’ai travaillé trois ans dans une agence de design, une toute petite structure où j’avais déjà une grande autonomie. Cette première expérience m’a donné le goût de l’entrepreneuriat.

Comment ont réagi tes proches lorsque tu leur as annoncé ta décision ?

Au départ, ils étaient un peu sceptiques, sans doute un peu inquiets. La génération au-dessus, notamment mes parents, s’est demandé pourquoi je renonçais à la stabilité, surtout dans un contexte de l’emploi aussi incertain. C’est quand le projet est devenu plus concret, que le site a été lancé, qu’ils ont pu se projeter, comprendre ma vision et me soutenir.

Comment sont répartis les rôles entre toi et ton co-fondateur ?

Charlotte Cadé, la fondatrice de Brocante LabLa petite particularité de notre association est que nous sommes par ailleurs en couple. J’ai démarré seule sur le projet et il m’a rejointe dans l’aventure lors du lancement officiel du site, en septembre 2014. Nous sommes très complémentaires : Maxime est en charge de la partie gestion, au sens large (RH, financement, comptabilité, service clients, etc.) et je m’occupe de la partie produit (le sourcing, la partie commerciale, l’expérience utilisateurs sur le site, le marketing et la communication). Cela demande beaucoup de rigueur dans un couple mais c’est un réel atout pour notre start-up. C’est un gain de temps car on se comprend vite et on est capable de prendre des décisions ensemble de manière très rapide.

Peux-tu partager avec nous un bon souvenir de cette aventure entrepreneuriale ?

Le plus beau souvenir, c’est celui de la soirée du lancement officiel, avec notre entourage et la presse, que l’on a organisée en septembre dernier au Perchoir (NDLR : c’est dans l’espace de coworking du Perchoir, Le Nid, que l’équipe de Brocante Lab s’est installée). C’est à ce moment-là que l’on a vraiment pris la mesure du projet, que l’on a su qu’il existait réellement et que l’on ne pouvait plus faire marche arrière !

… et une épreuve que vous avez dû surmonter, votre plus gros challenge ?

Le recrutement, de manière générale, c’est LE challenge pour une start-up. Nous sommes huit dans l’équipe, mais nous avons vraiment eu du mal à trouver notre CTO, qui nous a rejoints il y a seulement quatre jours, et on est en train d’essayer de recruter un commercial. On ne peut pas se permettre de se tromper quand on est une petite équipe, avec des moyens limités : il faut impérativement de très bons profils, à tous les postes.

Il y a une semaine, vous avez remporté le Prix Jeune Entrepreneur La Tribune, dans la catégorie Start. Selon toi, comment êtes-vous parvenus à vous démarquer, dans un écosystème “start-up” français en pleine émulation ?

Il y a une véritable dynamique autour des modèles de marketplace parmi les start-ups, dans le bricolage, le prêt-à-porter, la déco… C’était une attente du marché qu’il y ait un acteur sur ce segment là. Après, ce qui nous démarque d’une simple marketplace, c’est la notion d’identité, l’attention que nous portons à la sélection des produits et la création des annonces. Bref, nous nous attachons à créer une véritable marque.

Être une femme, quand on créée sa start-up, est-ce selon toi plutôt un atout ou un désavantage ?

C’est clairement un atout, parce que l’on est encore très loin de la parité absolue, bien que l’entrepreneuriat féminin se démocratise. Il y a de plus en plus d’initiatives pour féminiser l’écosystème, de plus en plus d’accompagnements : il ne faut pas hésiter à s’appuyer dessus pour consolider son réseau et avancer.

Complète cette phrase : « entreprendre en France, c’est… »

Facile ! Le démarrage, ce n’est franchement pas ce qu’il y a de plus compliqué. Il faut simplement savoir vers quels organismes se tourner pour chercher des financements et un accompagnement. Pour accélérer, on a ensuite eu la chance de lever rapidement, auprès de Business Angels entrepreneurs.

Qu’est-ce qui te donne envie de te lever tous les matins ?

Brocante Lab, clairement, et plus spécifiquement le fait de ne pas avoir de quotidien ni de routine. Ce que j’aime dans l’entrepreneuriat, c’est qu’il n’y a pas deux journées qui se ressemblent. C’est vraiment la richesse de ce métier et c’est ce qui me stimule chaque jour.

As-tu une passion, en dehors de l’entrepreneuriat, qui te permette de conserver ton équilibre, de décompresser ?

En plus de la déco, j’aime également beaucoup cuisiner. La cuisine et la déco, ce sont deux univers dans lesquels on peut s’exprimer, laisser libre court à sa créativité.

Y a-t-il un ou une entrepreneur(e) que tu admires ?

MyLitlleParis m’a beaucoup inspirée lors de la création de Brocante Lab, donc je dirais Fany Péchiodat, sa fondatrice. C’est un bel exemple de l’incarnation du projet par l’entrepreneur. Qu’elle ait su rapidement appréhender les problématiques de son secteur, qui n’était pas évident à l’origine, fait d’elle un beau modèle d’entrepreneuriat au féminin.

Quels sont vos projets à venir, le prochain chantier de votre start-up ?

Le développement mobile car le site n’est aujourd’hui pas du tout « responsive » sur mobile. Aller chercher plus de vendeurs et créer des fonctionnalités pour eux est un autre enjeu pour nous. On se considère beaucoup plus proche du business model BtoC de Booking, conçu avec beaucoup d’outils pour les hôtels, que d’une marketplace CtoC. Aujourd’hui, 90% de nos vendeurs sont des professionnels et c’est vers eux que l’on souhaite diriger nos efforts. C’est un véritable changement de stratégie par rapport à notre positionnement initial.

Où te vois-tu dans cinq ans ?

Bonne question ! Je ne me dis pas que Brocante Lab est le projet de ma vie, je me donne 4-5 ans pour l’amener le plus loin possible, pour qu’il devienne un acteur référent dans le secteur de la brocante et de la décoration, y compris à l’international. En revanche, je pense que le monde de la décoration m’attirera toujours.

… et si c’était à refaire ?

Si c’était à refaire, je pense que je ferais pareil, avec les erreurs qui ont forcément été faites mais qui sont nécessaires pour évoluer. On teste, on rectifie, on passe à autre chose, c’est le parcours de tout entrepreneur !

Un adjectif pour définir les entrepreneurs d’aujourd’hui ?

Déterminés, tout en ayant une bonne capacité d’adaptation. Savoir bien rebondir tout en gardant son cap est essentiel. Avoir une ligne de mire, une vision et savoir s’adapter, car le chemin n’est pas linéaire. C’est ce que l’on a dû faire en évoluant vers un modèle BtoC.

Le mot de la fin, un conseil à destination des jeunes femmes qui envisagent d’entreprendre ?

Il faut foncer et avoir conscience que c’est un réel atout d’être une femme pour entreprendre. Il ne faut pas avoir peur de se mettre en avant, c’est une vraie force si elle est bien utilisée !

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