Interview de Cécile Monteil, directrice médicale de Ad Scientiam

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Dans la soirée du 18 mai prochain, Girls in Tech organise un événement dédié à la Blockchain. Voici une interview exclusive de la deuxième des quatre intervenantes que nous aurons le plaisir d’accueillir à l’occasion de cette table ronde, pour laquelle vous pouvez déjà réserver votre place !

Bonjour Cécile, avant tout, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis médecin dans le service d’urgences pédiatriques de l’hôpital Robert Debré. Étant très impliquée dans le monde de la e-santé, j’ai crée Eppocrate, une association qui a pour but d’éveiller la communauté médicale aux nouvelles technologies. Je suis par ailleurs consultante pour Stratumn, la première start-up en France à avoir levé des fonds dans le domaine de la Blockchain, qui met au point une plate-forme visant à faciliter l’utilisation de cette technologie par les développeurs.

Claire Balva, fondatrice de Blockchain France, nous a précédemment présenté la Blockchain, les secteurs qu’elle impacte ainsi que ses enjeux. Pouvez-vous nous donner un exemple d’application concret de la Blockchain ?

La Blockchain a initialement été développée pour créer la monnaie bitcoin, c’était sa première application. Le bitcoin est une crypto-monnaie virtuelle. Ce n’est pas tant son côté “virtuel” qui est innovant (environ 90% de notre masse monétaire n’est déjà plus sous forme de pièces ou billets mais dématérialisée), mais le fait qu’elle possède des caractéristiques différentes : il n’y a pas d’autorités financières qui contrôlent Bitcoin, c’est une monnaie décentralisée, auto-régulée par le marché, déflationniste, car en quantité finie, et qui fonctionne en peer-to-peer, c’est à dire qu’elle peut être échangée entre particuliers sans passer par l’intermédiaire des banques.

Il n’y a que 21 millions et pas un de plus, qui sont progressivement mis en circulation et de plus en plus lentement depuis 2009. On peut faire une comparaison avec l’or, dont il existe une quantité finie sur Terre et qui est aujourd’hui de moins en moins accessible, après plusieurs « ruées vers l’or ». Ce sont des ordinateurs (appelés “mineurs”) qui travaillent pour libérer les bitcoins. Aujourd’hui 60% des Bitcoin sont déjà en circulation, et le dernier bitcoin devrait être libéré aux alentours de l’an 2140.

Comment expliquez-vous l’apparition de cette monnaie virtuelle ? De quel besoin initial découle-t-elle ?

C’est une réponse au système financier actuel qui est un système basé sur la dette : on n’arrête pas d’imprimer toujours plus de planches de billets et la monnaie perd en permanence de la valeur. C’est un système qui n’est pas tenable car il est contrôlé par les banques centrales, qui sont des entités privées.

L’objectif du Bitcoin n’est pas de remplacer les autres monnaies, c’est une première alternative aux « fiat currencies » (monnaie fiduciaire : monnaie comprenant des pièces et billets de banque reposant sur une institution centralisatrice, ndlr). Je pense que c’est un socle pour que d’autres monnaies apparaissent, c’est une porte qui s’ouvre vers un système financier alternatif.

A quoi sert-il exactement ? Combien vaut-il, que peut-on acheter avec un bitcoin ?

Le Bitcoin a une valeur qui représente la confiance que les utilisateurs veulent bien lui accorder (au moment de l’interview, le taux EUR/BTC s’établissait à 395,8 €, ndlr). Les bitcoins peuvent être échangés contre des euros ou des dollars sur de nombreuses plates-formes d’échange.

Aujourd’hui, on peut presque « vivre au quotidien » avec des bitcoins. Sur Internet, on peut acheter des billets d’avions (CheapAir.com), des repas à domicile (Pizza.fr), des bons d’achats (gyft.com), etc. Le paiement mobile facilite également son utilisation : à Berlin par exemple, on peut payer avec son téléphone de nombreux hôtels et restaurants.

La première blockchain qui soit apparue est celle du Bitcoin et son fondateur est anonyme. Comment explique-t-on la dissociation de la technologie et de ses usages, le fait que tout le monde puisse s’en emparer ?

La Blockchain est une technologie open source et le programme sur lequel repose le Bitcoin est également en open source. Les développeurs peuvent librement utiliser le code de Bitcoin pour créer d’autres monnaies alternatives avec des propriétés différentes.

La Blockchain est très « hype » en ce moment mais ce qu’il faut vraiment comprendre, c’est qu’il s’agit d’un outil, d’une technologie et non d’une solution en soi. C’est du matériel qui va servir aux développeurs pour créer d’autres applications, des monnaies notamment mais pas seulement.

Vous êtes médecin, pouvez-vous nous citer un ou plusieurs exemples d’application de la Blockchain dans le secteur de la santé ?

Un des exemples les plus pertinents est celui des essais cliniques sur les médicaments avant leur mise sur le marché. Malheureusement, il peut y avoir des falsifications de résultats. La Blockchain permettrait de stocker une preuve de chaque étape de l’essai clinique, qui pourrait être auditée très simplement.

Je souligne que ce qui est stocké sur la Blockchain, ce ne sont pas les données mais la preuve de l’existence de ces données, c’est un amalgame qui est souvent fait dans la presse. Certains ont par exemple dit que le dossier médical personnalisé (DMP) pourrait être stocké sur la Blockchain : ce n’est pas le dossier lui-même mais une preuve cryptographique du son contenu et de chacune de ses modifications (administration d’un médicament, changement de traitement, etc.)

Un dernier exemple assez percutant dans le domaine de la santé est celui du fléau de la contrefaçon des médicaments. Grâce à une traçabilité des lots de médicaments et de leur origine, il serait alors facile de distinguer les vrais des faux médicaments.

Qui se trouve exactement derrière la (ou les) Blockchain aujourd’hui, qui sont ses promoteurs ? Des développeurs indépendants, des start-ups, des consortiums, des sociétés privées (banque, etc.) ?

Ceux qui ont le pouvoir, clairement, ce sont les développeurs. Il y a beaucoup de développeurs indépendants, c’est un sujet très « geek », mais les start-ups et les grandes entreprises commencent aussi à développer leurs projets dans la Blockchain.

La technologie Blockchain aujourd’hui, c’est un peu comme si on te mettait face à un arbre et que l’on te disait « vas-y, monte un meuble » ! Elle peut servir à développer des smart contracts, des registres, des monnaies, etc.

On en est encore au stade expérimental et à part Bitcoin, il n’y a pas encore d’application largement diffusée de la Blockchain et certaines régulations ne se sont pas encore adaptées. On parle beaucoup de la Blockchain comme d’une technologie révolutionnaire mais il reste encore à préciser les domaines de sa valeur ajoutée.

Comment voyez-vous l’avenir de la Blockchain ?

La Blockchain, c’est un outil, une technologie. Quand tu envoies un e-mail, tu appuies sur un bouton et qu’importe la technologie sous-jacente. Je pense que ce qu’il y a en de révolutionnaire dans le Bitcoin et dans la Blockchain, c’est la tentative d’aller vers une société plus simple et plus transparente. Le Bitcoin représente cette volonté de redonner le pouvoir aux individus sur le plan financier, et c’est la même chose pour la Blockchain, qui permet de tracer des informations de façon transparente (mais cryptée), sécurisée et facilement auditable. Je pense qu’il y a quelque chose de véritablement bon dans cette technologie !

 

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