StartHer Awards: interview de Bénédicte de Raphélis Soissan, fondatrice de Clustree

Rencontre avec la dynamique Bénédicte de Raphélis Soissan, fondatrice de la startup française Clustree et finaliste en 2015 de notre compétition dédiée au femmes fondatrices de startups en Europe, les StartHer Awards.

English version of the interview here

StartHer: En octobre 2015, vous êtes arrivés deuxième lors de la dernière édition de la Lady Pitch Night (qui devient StartHer Awards cette année). Deux années se sont écoulées depuis, dis-nous ce qui est arrivé à Clustree depuis !

Bénédicte de Raphélis Soissan

Bénédicte: On a levé 2,5 m€ puis 7 m€. On a fait grossir l’équipe, nous sommes aujourd’hui 25.

On a également signé de beaux contrats, avec L’Oréal, Sanofi, Crédit Agricole, Carrefour… On a également gagné plusieurs prix : le prix Wired des 100 hottest European’s Startups, Forbes 30 Under 30 et Gartner Cool Vendor.

Côté produit, on a ouvert l’interface directement aux collaborateurs alors qu’auparavant, seules les équipes RH pouvaient interagir avec l’interface de Clustree.

Quels sont les plus grands défis que vous avez rencontrés ces deux dernières années ?

Sur la techno, il s’agit de la normalisation des données, que l’on doit faire en continu car il y a en permanence des nouveaux métiers qui apparaissent, et ce dans plusieurs pays en parallèle. C’est un challenge considérable qui le restera toujours.

Le gros challenge actuel est de faire grossir l’équipe, de doubler les effectifs afin d’atteindre cinquante personnes d’ici un an, et de parvenir à attirer des profils internationaux.

La collaboration avec les grands groupes est également un défi. Cela se passe de mieux en mieux avec l’expérience mais on doit apprendre à travailler ensemble, des deux côtés.

Justement, vos clients sont des grands groupes. On lit beaucoup d’articles et de témoignages contradictoires sur la relation startups – grands groupes. Quelle est l’expérience de Clustree ?

En fait, comme nous savons depuis le début que nous clients seraient les grands groupes, nous nous sommes structurés pour que la collaboration se passe au mieux, dans la relation client, l’approche commerciale, le déploiement du produit ou encore le suivi de la satisfaction client.

Cela nous a permis de bâtir une relation de confiance et de proximité, on a ainsi réussi à trouver notre équilibre.

Je pense que la difficulté se situe plus en amont, dans la négociation du contrat et la construction du produit. Il y a encore des réglages à faire en France pour que les grands groupes comprennent ce que c’est que de travailler sur du SaaS, d’une part, et avec des startups, d’autre part. Le niveau d’exigence ne peut pas être le même.

Vous avez levé pour, entre autres, vous étendre à l’international. Comment est-ce que tu envisages cette nouvelle étape ?

Il nous faut d’abord consolider notre position en France, l’international viendra après. L’objectif est de recruter en France, de faire grandir l’équipe ; nous n’avons par exemple personne en marketing et seulement deux personnes en sales.

Lorsque l’on s’étendra à l’international, nous recruterons des équipes dans les pays cibles. Le gap culturel est en effet important et c’est pourquoi il faut des équipes locales. Il faudra par ailleurs préparer des partenariats en amont, travailler avec des acteurs positionnés là-bas pour vendre le produit.

Clustree offer

 

 

Tu es une femme entrepreneure, fondatrice unique de surcroît : penses-tu que tu as rencontré des épreuves supplémentaires en raison de ton profil ?

Non, pas du tout. Je dis souvent que je n’aborde rien avec une approche genrée. Je sais que des entrepreneures disent avoir eu du mal à lever des fonds parce qu’elles sont des femmes mais aucun des deux sujets ne m’a bloqué. Alven a avancé de façon très intelligente sur le projet, ils ont vraiment fait du « capital risque », quand il n’y avait ni produit, ni équipe. Ensuite, on a pu s’entourer, avec des BA, avec une équipe qui est arrivée très vite.

Pour revenir sur ton expérience de la Lady Pitch Night : qu’en as-tu retiré ?

Le fait de voir que des femmes entreprennent partout en Europe, avec des projets qui sont très variés. Alors que l’on a tendance à penser que les femmes entreprennent toujours sur les mêmes sujets (la mode et enfants…), j’ai rencontré des entrepreneures avec des projets très techniques, et d’autres femmes seules fondatrices.

La vision de l’entrepreneuriat féminin est en train de changer et c’est intéressant de lui donner de la visibilité, de montrer que c’est possible.

Quel est ton souvenir le plus marquant de l’événement ?

Cela ne faisait pas longtemps que l’on pitchait, donc c’était assez impressionnant car la salle était pleine. Pleine pour venir voir des femmes pitcher, et il y avait beaucoup d’hommes !

Les hommes doivent être autant des ambassadeurs que les femmes sur ce sujet.

Les hommes sont autant concernés par le sujet que les femmes et doivent être autant des ambassadeurs que les femmes sur ce sujet. Pour changer la place de la femme dans l’entrepreneuriat ou dans la tech, il faut qu’émergent des initiatives mixtes, il faut sortir des événements faits pour les femmes par les femmes.

Si tu pouvais donner un conseil aux futures candidates ?

D’être authentiques dans leur façon de présenter leur startup. On se dit qu’il faut suivre un cadre mais au final, ce qui compte le plus, c’est d’être authentique dans sa façon de pitcher. Quelqu’un qui a de l’énergie et qui est drôle doit être elle-même, de la même manière qu’une personne plus timide.

Il faut arrêter de penser que c’est à nous de nous adapter à l’écosystème, c’est aussi à l’écosystème de s’adapter ! Plus on est authentique, plus c’est à l’environnement de s’adapter à nous et plus c’est facile de faire passer le bon message, ce qui nous tient à cœur.

… et aux femmes entrepreneurs plus généralement ?

Je dirais que c’est d’arrêter de se mettre des barrières. Effectivement, aujourd’hui, il y a beaucoup de stéréotypes sur plein de choses : liés à l’âge, les seniors qui se disent qu’à 50 ans ils sont foutus et ne pourront plus bosser dans une startup (la fondatrice a recruté un DG de 58 ans pour Clustree, ndlr), liés à l’école que tu as faite et liés au genre, évidemment.

Ces stéréotypes nous enferment dans des cases alors que les choses sont en train de changer. Aujourd’hui, si on est une femme et que l’on n’a pas de compétence tech, on peut quand même réussir à fédérer les bons profils et réaliser son projet !

 

Pour d’autres informations sur les StartHer Awards consultez notre page spéciale sur le site.

Cette année, l’évènement, qui se déroulera le 19 octobre à Station F, sera précédé par une après-midi de workshops, conférences et rencontres avec l’écosystème ouverts au public et en présence des 10 finalistes !

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